Le 30 juin 2019, les Egyptiens- qui profitent de ce jour férié- jouissent d’une quiétude et d’une paix indéniables. Le soir, ils ont encouragé leur équipe de football à la CAN 2019. Une ambiance festive et enthousiaste. Si le matin, les rues étaient calmes. Le soir, les cafés étaient bondés de monde. Un tableau réel d’une société qui profite pleinement d’une vie confortable et sereine.
Une sérénité qui est accompagnée d’exploits tous azimuts : une économie qui recouvre sa robustesse, d’autant plus que les instances internationales à l’instar de la Banque Mondiale ou encore du Fonds monétaires international l'ont affirmé. Un taux de croissance qui continue à progresser d’une année à l’autre. Et, sur le sol de l’Egypte, de nombreux mégaprojets poussent partout à une vitesse chimérique. La nouvelle capitale administrative qui devrait booster le milieu des affaires en Egypte, le Canal de Suez bis, les tunnels dudit Canal, des accords de partenariats avec tous les pays du monde, l’organisation de la CAN 2019 digne du nom de l’Egypte. Autant d’exploits qui rendent les Egyptiens fiers.
L’image était pourtant bien différente le 30 juin 2013. Si on recoupe les deux images, l’œil ne se trompe pas. On remarque tout de suite les exploits qui se sont réalisés, voire même accumulés dans l’espace de 6 ans.
Le 30 juin 2013, les Egyptiens s’étaient rassemblés sur la place Tahrir et devant le Palais présidentiel d’Al-Ittéhadiya. Tous les Egyptiens, en dépit de différences sociales, culturelles ou confessionnelles, étaient réunis pour afficher et affirmer une seule chose : leur refus catégorique du régime criminel et terroriste des Frères Musulmans.
Par millions, les Egyptiens ont défié les criminels et terroristes qui les menaçaient depuis plusieurs mois. Ils savaient qu’ils pouvaient évidemment risquer leur vie, mais ils n’avaient pas d’autre choix s’ils souhaitaient préserver l’identité authentique de l’Egypte, leur vie ainsi que leur liberté.
Pour de nombreux égyptiens, même si les années ont passé, même si on parle de six ans déjà : ce jour continue à être gravé aussi bien dans leur mémoire que dans leur cœur. Sans le 30 juin, ils ne seraient jamais défaits d’un régime théocrate et barbare qui voulait faire d’eux des êtres bafoués des moindres libertés. Le 30 juin n’est pas uniquement une révolution contre le régime frériste et terroriste. C’est bien plus que cela, c’est une révolution populaire noble où toutes les composantes de la société égyptienne se sont soudées afin de vaincre des forces obscurantistes et destructives.
Cette date a été ensuite suivie par d’importantes réformes dans tous les domaines de la vie, notamment économique. C’est pourquoi, pour de nombreux Egyptiens le 30 juin 2013 n’est pas un jour comme les autres.
Déjà avant le 30 juin, les artistes et les intellectuels avaient fait un sit-in contre le régime frériste et terroriste qui voulait supprimer toutes formes d’art au Caire. Les Frères Musulmans ont imaginé qu’ils pouvaient museler le peuple égyptien. Ils avaient tort. Dans nos gênes, en tant qu’Egyptiens, il y a de l’art, de la musique, de l’amour pour autrui, de la tolérance et surtout de l’envie de vivre. Ridicules, ils ont oublié que nous sommes les imbattables descendants des Pharaons et que notre volonté est inébranlable.
La révolution du 30 juin étant populaire et menée par le peuple a été préparée plusieurs mois à l’avance. Ce n’était pas un secret : tout se passait au su et au vu du monde entier : les fameux tracts de Tamaroud ou « Rébellion » avaient été distribués et signés. Beaucoup d’Egyptiens avaient fait fi du régime en place de la Confrérie terroriste et avaient signé ces tracts en y apposant leur nom et leur numéro de sécurité sociale. Ni les menaces, ni le terrorisme auraient suffi pour les dissuader, c’était pour la majorité une question d’existence, de lutte au nom de l’identité égyptienne, au nom de la patrie, au nom de leur avenir. Deux jours avant le 30 juin, les Egyptiens avaient déjà commencé à manifester sur la place Tahrir, devenue place emblématique de la liberté, et à Héliopolis devant le Palais présidentiel d’Al-Ittéhadiya. Des manifestations qui sont nées dès le début grandiose. Des millions étaient déjà dans les rues, avant le 30 juin. Le 30 juin, c’était le climax de plusieurs mois de mécontentement face à un régime barbare qui faisait la sourde oreille et qui matraquait violemment ses opposants.
Les Egyptiens avaient décidé d’assumer leur propre sort pour ne pas devenir une théocratie. Ils ont défilé courageusement dans les rues du Caire pour ne pas être gouvernés par des terroristes. Pour nombreux d’entre eux : mourir pour libérer l’Egypte de ce destin, était l’unique option. Ils avaient tous une croyance : l’Armée ne nous a jamais abandonnés, elle ne le fera pas maintenant. Elle sera à nos côtés. Cette foi était inébranlable.
Et, les premiers indices ont rassuré ce peuple de courageux. Lorsque le président déchu Morsi a fait son fameux dernier discours où il a répété sans arrêt le terme « légitimité » et où il a menacé tous les Egyptiens, ses partisans ont assisté au discours, ils ont applaudi avec joie. Seul un homme a refusé de le faire : c’est à l’époque le général Abdel-Fattah Al-Sissi. Les traits de son visage étaient ceux d’un homme pensif, soucieux et mécontent.
Puis, le ministre de la Défense, le général Abdel-Fattah Al-Sissi a lancé un premier appel invitant toutes les parties concernées à dialoguer. Mais, les Frères Musulmans ont refusé d’entendre la voix de la sagesse. Le peuple a continué à défiler dans les rues, les maisons étaient dévidées car tout le monde avait pris part aux manifestations monstres. Ils savaient que l’Armée ne pouvait les laisser pour devenir victimes à un régime terroriste, l’Armée devrait venir au secours de son peuple.
Des appels qui ont eu un écho retentissant : le 3 juillet 2013, le ministre de la Défense, le Pape Tawadros, et le Cheikh d’AL-Azhar, Dr Ahmed Al-Tayeb, plusieurs figures publiques libérales ont annoncé que les demandes des Egyptiens étaient légitimes et seraient réalisées. Des cris de joie, des youyous, des larmes hystériques dans les rues.
Un sentiment de soulagement général était ressenti, même si les Egyptiens savaient que le combat avec les Frères Musulmans se poursuivraient encore, car ils sont des criminels qui aiment agir dans le noir. Mais, un soulagement associé à une ivresse a marqué les Egyptiens le 4 juillet. Une vraie libération qui s’est poursuivie par une lutte contre le terrorisme, des mégaprojets et un avenir marqué d’espoir et de paix.